Interview : Le starchitecte Kengo Kuma veut apporter « de la douceur dans l’industrie »

Auteur d’un stylo pour Caran d’Ache, l’architecte japonais nous livre les détails de sa première collaboration avec la maison suisse. L’occasion d’aborder son rapport au design et sa passion jamais démentie pour le bois. Interview exclusive pour IDEAT.fr !

Kengo Kuma Carand'Ache IDEAT
Le stylo Varius Kengo Kuma fait l’objet d’une édition limitée à 1 000 exemplaires. DR

Etait-ce un challenge pour vous de dessiner un projet à cette échelle ?
Kengo Kuma : A vrai dire, j’ai vraiment apprécié de concevoir un objet de cette taille. J’ai toujours aimé les petits objets et c’était stimulant de décliner ma philosophie à cette échelle. Pour moi, il n’y a pas de différence entre le design et l’architecture, ce sont deux disciplines capables de transformer les villes et le quotidien. Par exemple, j’ai récemment imaginé une paire de sneakers pour Asics (les chaussures de running Metaride AMU, sorties au Japon en décembre 2019, NDLR). C’était un projet très intéressant car il permettait de redéfinir la relation qui s’établit habituellement entre le sol et le corps humain.

En parlant de rapport au corps, comment avez-vous pensé l’ergonomie de ce stylo ?
Kengo Kuma : Nous avons choisi le bois comme matériau principal car il est particulièrement compatible avec les mains et très agréable au toucher. Le corps du stylo est aussi sculpté de manière à créer différentes profondeurs. Ces reliefs facilitent la prise en main et rappellent les  Chidori. Traditionnels au Japon, ces jouets sont très simples. Ils sont composés de petites unités de bois qui s’imbriquent les unes dans les autres, sans clou ni vis, grâce à un jeu d’entailles et de découpes. C’est un système presque magique, qui permet de créer des structures très solides et que je détourne souvent dans mes projets [voir le GC Prostho Museum Research Center (2010) ou encore la collection de mobilier « Chidori » (2011), NDLR].

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Celui qui n’a jamais abandonné le dessin à la main pour élaborer ses projets est aussi un fervent utilisateur des crayons Caran d’Ache. DR

Avec ses détails en argent-rhodié, le stylo interagit également avec la lumière, là encore dans la lignée de vos architectures…
Kengo Kuma : Oui, la lumière et les ombres ont toujours été très importantes pour moi. C’est pourquoi nous avons imaginé un bouchon de forme hexagonale, dont les différentes facettes génèrent des reflets. Le mélange du métal et du bois permet également d’atteindre un équilibre des textures qui est pour moi essentiel.

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Les stylos Varius Kengo Kuma sont disponibles dans tous les points de vente et boutiques Caran d’Ache, ainsi que sur l’e-shop de la marque helvète. DR

Vous avez choisi de réaliser le stylo en bois d’Hinoki, une essence de cyprès que vous avez régulièrement plaisir à employer, que ce soit à la Maison du Japon à São Paulo ou dans une boulangerie à Taïwan. Pourquoi l’appréciez-vous autant ?
Kengo Kuma : J’adore le grain de ce bois, mais aussi son odeur. Elle est fantastique ! Au Japon, le bois d’Hinoki est une essence très importante. Elle est souvent utilisée pour la construction des temples. C’est un matériau que beaucoup considèrent comme sacré.

Au vu de vos réalisations, les plus anciennes comme les plus récentes, toutes les essences de bois semblent sacrées à vos yeux…
Kengo Kuma : Pour moi, le bois est comme un vieil ami ou un membre de la famille. Au Japon, avant le XIXe siècle, les villes était entièrement faites de bois. Il faisait partie intégrante de nos vies. Mais à partir du XXe siècle, l’émergence du béton et de l’acier ont détruit cette relation entre l’homme et ce matériau naturel. J’aimerais rétablir ce rapport fusionnel car le bois est très important, pas seulement pour le Japon, mais pour le monde entier. De nos jours, la grande majorité des produits sont très froids. J’aimerais rapporter une certaine douceur dans le monde industriel…

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Militant d’uns société post-industrielle, Kengo Kuma apporte du bois et de la douceur jusque dans les infrastructures les plus techniques, à l’image de la Gare Pleyel, l’une des futures stations du Grand Paris Express. J.C.Carbonne

> Renseignements sur carandache.com

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