AREP / Photographe : Didier BOY DE LA TOUR

Architecture : Gare Nîmes Pont-du-Gard, le virage écodurable de la SNCF

Architecture bioclimatique, matériaux durables et locaux, respect de la biodiversité… La nouvelle gare de Nîmes Pont-du-Gard peut se vanter d’une conception vertueuse inédite, centrée sur l’écologie autant que sur le bien-être et le confort des voyageurs. Visite.

«Une gare-jardin extraordinaire », une « gare du confort et du bien-être », une « gare de demain » Président d’AREP, la filiale spécialisée en architecture de SNCF Gares et Connexions, Raphaël Ménard ne tarit pas d’éloges à propos de sa dernière née. Et pour cause, depuis son inauguration fin 2019, la gare de Nîmes Pont-du-Gard dépasse tous les standards environnementaux de ses aïeules. Bâtie de toute pièce dans l’arrière-pays nîmois afin de desservir une nouvelle ligne TGV et un réseau de TER préexistant, elle est censée ouvrir la voie à un nouveau modèle écodurable. En prise directe avec notre époque, cette ambition lui a déjà valu d’être certifiée du label « Bâtiment Durable Occitanie », une première pour une gare.

gare de Nîmes Pont-du-Gard
Architecte et ingénieur, Raphaël Ménard est le président d’Arep depuis 2018. AREP

Face à l’environnement privilégié du site, l’éco-conception s’est vite imposée pour AREP. Forte d’un millier de collaborateurs, la plus grande agence d’architecture de France a redoublé d’efforts pour intégrer harmonieusement la nouvelle infrastructure dans un paysage de bosquets, de champs et de vignes. Aux abords du site, la grande majorité des pins, cèdres et chênes verts, parfois centenaires, a été conservé. De même qu’un ancien mas agricole qui accueillera bientôt une boutique de produits locaux et un espace de coworking. En complément, plus de 400 arbres ont été plantés pour aboutir à « un havre de paix climatique et sensoriel » qui favorise le maintien de la faune locale tout en accueillant les voyageurs dans une atmosphère de sous-bois, sereine et apaisante.

gare de Nîmes Pont-du-Gard
Parmi les 5 hectares de surfaces plantées que compte le projet Nîmes Pont-du-Gard, la présence de nombreux arbres offre un cheminement ombragé aux voyageurs. AREP

Lavandes, cistes, cheveux d’anges et sauges guident jusqu’au bâtiment voyageurs et habillent les différents talus qui dissimulent les voies ou protègent du mistral. En réponse au climat local, des bassins de rétention et des noues paysagères garantissent également une gestion de l’eau optimale, tandis que l’architecture se présente comme « une ombrière » adaptée aux épisodes de canicule. Disposés de part et d’autre d’une enveloppe largement vitrée, des brise-soleil métalliques et des canisses en bambous protègent des chaleurs estivales. En parallèle, les châssis ouvrants de la toiture participent à la ventilation naturelle du hall. Un espace de neuf mètres de haut, dont le volume cubique fait discrètement écho aux icônes de l’architecture nîmoise.

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Protégée du soleil mais baignée de lumière naturelle, la salle des pas perdus ne nécessite qu’un minimum d’éclairage artificiel. AREP / Photographe : Didier BOY DE LA TOUR

Sur le sol en pierre calcaire, une nouvelle gamme de mobilier, également conçue par AREP, se dévoile pour la première fois avant de se décliner dans l’ensemble de l’Hexagone. En bois et béton, ces modules réunissent des assises et des luminaires autour de petites tables en métal parées des mêmes formes, simples et arrondies. Plus largement, le confort se veut aussi psychologique grâce à la qualité des matériaux employés, des poteaux en chêne lamellé-collé au béton du bâtiment de services. Réalisé à partir d’agrégats locaux, ce dernier reproduit les nuances orangées de la terre de la région et accentue l’aspect chaleureux de l’ensemble.

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En provenance des Vosges, le bois des poteaux répond au béton coloré du bâtiment de services et aux bambous asiatiques des canisses, les bambous cultivés en France ne répondant pas aux exigences de durée de vie et de tenue au feu.

Site pilote, la gare de Nîmes Pont-du-Gard se distingue aussi par une conception basée sur une maquette numérique. Sa modélisation en 3D a notamment permis d’effectuer des études d’ensoleillement et aérauliques en amont du projet et servira désormais à la maintenance du site, en centralisant l’ensemble des informations techniques et en assurant leur mise à jour continue. Un outil de pointe auquel s’ajoutent encore 7 700 m2 de panneaux photovoltaïques. Installés au-dessus des places de parking pour les préserver du soleil, ils produiront chaque année l’équivalent de l’électricité consommée par environ 400 foyers français. De quoi réduire le bilan carbone et la consommation énergétique de la gare, décidément exemplaire à bien des points de vue.

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