Portrait : Thomas Demand, l’artiste passionné d’architecture

Depuis quinze ans, cet artiste allemand explore le lien indéfectible entre photographie et architecture. Portrait.

Né à Munich en 1964 et formé à la prestigieuse académie des Beaux-Arts de Düsseldorf, Thomas Demand construit des maquettes en carton et en papiers colorés, grandeur nature, qu’il photographie avant destruction. Inspirées le plus souvent d’événements historiques ou contemporains glanés dans les médias, dans ses lectures ou sur Internet, elles suscitent un effet de distanciation inédit. Affranchi de l’enseignement de Bernd et Hilla Becher et de la notion d’objectivité qui leur était chère, Thomas Demand ordonne méticuleusement ses compositions, oscillant entre fiction et réalité. La dimension vide et inhabitée de ses clichés vient aussi de son intérêt pour le travail de l’artiste américain Ed Ruscha, qui donne une forme raffinée à des sujets tels que les stations-service, les piscines ou encore les parkings.

Les coulisses des grands artistes

À partir de 2010, il opère un tournant dans son œuvre en produisant une série intitulée « Model Studies », avec des maquettes conçues par d’autres artistes, architectes ou créateurs de mode. Les trois salles de la rétrospective que lui consacre actuellement le Musée M de Louvain rendent compte de ce dialogue débuté à partir des archives de John Lautner, découvertes au musée Getty, à Los Angeles. C’est le contraste entre la beauté des bâtiments de l’architecte américain et l’aspect abîmé de ses maquettes qui a passionné le photographe.

L’architecture au centre de l’attention

Les détails en photographie des images des édifices « pacifiques » des Japonais de SANAA (Kazuyo Sejima + Ryue Nishizawa), des utopies du penseur viennois Hans Hollein et des patrons du couturier français Azzedine Alaïa expriment le profond attachement de l’artiste allemand pour la discipline : « L’architecture a toujours été au centre de mon attention parce qu’elle traite des idées et des utopies pour un avenir meilleur », dit-il. Le parcours se termine sur des projets rarement exposés, dont Black Label (2009), Embassy I (2007) – une collaboration avec l’architecte allemand Arno Brandlhuber – et les pavillons Kvadrat (2020), trois bâtiments conçus au Danemark par Thomas Demand, en cours de construction.

> « House of Card » au musée M, à Louvain, en Belgique. Jusqu’au 18 avril 2021. 

Embassy I (2007).
Embassy I (2007). Thomas Demand
Learning Center 50 (2015).
Learning Center 50 (2015). Thomas Demand
Détaille de maquette en carton plume blanc.
Détaille de maquette en carton plume blanc. Thomas Demand
Détail de volumes qui assemblent différents matériaux.
Détail de volumes qui assemblent différents matériaux. Thomas Demand
Toutes les nuances d’une même teinte…
Toutes les nuances d’une même teinte… Thomas Demand
L’aspect abîmé des maquettes d’architecte subjugue l’artiste.
L’aspect abîmé des maquettes d’architecte subjugue l’artiste. Thomas Demand
Son travail se focalise aussi sur les niveaux d’opacité.
Son travail se focalise aussi sur les niveaux d’opacité. Thomas Demand
Nagelhaus, une collaboration entre l’artiste allemand et l’agence d’architecture londonienne Caruso St John, en 2010, pour la Biennale de Venise.
Nagelhaus, une collaboration entre l’artiste allemand et l’agence d’architecture londonienne Caruso St John, en 2010, pour la Biennale de Venise. DR

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