Interview : Vo Trong Nghia, le Vietnamien qui réinvente l'architecture green

IDEAT a rencontré l'architecte vietnamien Vo Trong Nghia qui édifie des bâtiments en harmonie avec le climat, la géographie et la culture du Sud-Est Asiatique. « Parce que l’homme est une partie indissociable de la nature… »

C’est à la Biennale de Venise, en 2018, que le travail de Vo Trong Nghia fut consacré. Sur la lagune, il exposait une impressionnante structure en bambou. À 44 ans, l’architecte vietnamien s’est fait un nom en défendant une architecture green qui mise sur la reconnexion à la nature, la culture et les savoir-faire locaux, loin d’une production qui ne regarde que les performances énergétiques, au risque d’en oublier l’essentiel. Il a fait ses études au Japon, grâce à une bourse, mais son agence est située à Hô Chi Minh-Ville, au sud du Vietnam. Il dispose aussi d’un bureau à Hanoï, tout au nord. Vertueux et responsables, les projets de VTN Architects n’en négligent pas pour autant la dimension esthétique. Et chacune de ses réalisations est une invitation à découvrir le Vietnam d’aujourd’hui. Il a accepté de répondre à nos questions et de revenir sur son parcours.

L’architecte Vo Trong Nghia.
L’architecte Vo Trong Nghia. DR

Vous êtes né et avez grandi au Vietnam, et vous y vivez aujourd’hui. Quel chemin avez-vous emprunté pour devenir architecte ?
Vo Trong Nghia : J’ai grandi dans une famille très pauvre, dans un petit village (Phú Thùy, dans la province de Quàng Bình, à 20 km de Hué, NDLR) où je n’ai pas connu l’électricité avant l’âge de 20 ans. Par conséquent, la notion de scolarité y était extrêmement précaire. Pour vous donner un exemple, un jour que l’école s’était effondrée, j’ai tout bonnement arrêté d’y aller. Il n’existait pas d’alternative. Dans ma famille, nous n’avions pas de livres, pas d’électricité et donc, pas de télévision. La radio était toujours à court de piles… Accéder aux informations m’était de ce fait très difficile. Un jour, un architecte est passé dans mon village et j’ai eu le sentiment qu’il était riche. Étant donné que je venais d’un milieu pauvre, l’enfant simple et naïf que j’étais s’est immédiatement dit : « Si je deviens architecte, je serai riche ! » Il s’est avéré que j’avais tort !

Le Farming Kindergarten est une réalisation de 2013. Cette structure d’une capacité de 500 enfants accueille sur son toit de grands potagers et espaces verts qui permettent d’éveiller les petits au monde végétal.
Le Farming Kindergarten est une réalisation de 2013. Cette structure d’une capacité de 500 enfants accueille sur son toit de grands potagers et espaces verts qui permettent d’éveiller les petits au monde végétal. Quang Tran

Quel est votre premier souvenir d’architecture ?
Nous avons été amenés à construire nous-mêmes une étable quand j’étais petit. Mon père et mon frère avaient imaginé une toiture assez courte, alors qu’il pleut beaucoup dans ma région natale. Je leur ai expliqué qu’il fallait créer une étable avec une grande toiture débordante pour empêcher les vaches d’être mouillées. Mais je n’ai finalement jamais eu gain de cause ! La grange fut réalisée avec le toit initialement prévu, de telle sorte que les vaches étaient tout le temps trempées. Réfléchir à la manière de concevoir ce bâtiment agricole pour ma famille est donc mon premier souvenir architectural. En 1996, je suis parti étudier au Japon en tant que boursier du gouvernement japonais. J’ai obtenu mon diplôme de l’Institut de technologie de Nagoya en 2002, puis en 2004, une maîtrise au sein d’un laboratoire de recherche de l’Université de Tokyo, département de génie civil.

Vue aérienne du Farming Kindergarten et de son toit végétal.
Vue aérienne du Farming Kindergarten et de son toit végétal. Quang Tran

Après votre cursus au Japon, quelle fut votre première expérience en tant qu’architecte ?
J’ai commencé à travailler alors que j’étais encore étudiant. Je me souviens très bien des conditions de travail chez les architectes japonais. Nos réunions avaient toujours lieu vers 2 ou 3 heures du matin. Un jour, j’ai saigné du nez au cours d’une de ces réu­nions tardives, un collègue l’a vu et a dit : « Ah, si tu saignes seulement du nez, c’est que tu vas bien, tu peux donc continuer à travailler. » Tandis que moi, j’aime vraiment me coucher tôt, vers 21 heures et démarrer ma journée à 5 h 30 du matin. Ce souvenir me hante encore. Après dix ans passés au Japon, je suis revenu au Vietnam pour créer ma propre agence.

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