Photo : La fascination panoramique de Josef Koudelka

Photographe français d’origine tchèque, Josef Koudelka (82 ans), a sillonné le pourtour méditerranéen durant une trentaine d’années. Il en a rapporté des centaines de photographies en panoramique de sites archéologiques. Entre silence et émotion.

En 1986, la France passe une exceptionnelle commande à Josef Koudelka, qui l’invite à photographier le paysage hexagonal. Il abandonne alors son objectif 25 mm, avec lequel il a réalisé la série « Gitans », afin d’adopter une focale panoramique. Cette dernière ne va plus jamais le quitter. Peut-être l’exercice fait-il ressurgir de sa mémoire un tirage panoramique couleur, découvert enfant sur les murs du domicile de son grand-père, qui représente la côte napolitaine ?

Des paysages méditerranéens

Plus tard, il arpente la Méditerranée et immortalise plus de 200 sites archéologiques dans une vingtaine de pays : en Turquie, en Italie, en Jordanie, en Grèce, en Israël et en Palestine… comme autant de témoignages des racines de notre civilisation. Dans son obsession de figer le meilleur instant, il retourne sur ces lieux plusieurs fois afin de perfectionner son travail et de capturer l’image parfaite, horizontale ou verticale. Cette errance – ou ce Grand Tour, comme on le nomme au XVIIIe siècle – va durer une trentaine d’années. Ruines est le résultat de ce pèlerinage. Cette trace de l’Homme et l’altération du paysage qui en découle sont un sujet à part entière pour le photographe (comme en témoignent ses autres séries : « Industries », « Chaos » et « Wall »).

Un voyage dans le temps

À travers le calme brutal des vestiges antiques qu’il sillonne, Koudelka ne cherche pas à documenter, mais plutôt à nous projeter dans l’ambition de ces empires qui se sont crus éternels, tout en révélant la beauté du paysage et l’affirmation de la Nature. Là où gît le passé, ces ruines subliment un décor habité par la destruction, de la majesté à l’anéantissement : « Lo visible le da la forma, lo invisible le da su valor *», dit-il. Pour un éternel exilé, ces structures monumentales ne résonnent-elles pas aussi comme un chez soi enfin retrouvé ?

* « Le visible lui donne la forme, l’invisible lui donne sa valeur », citation de Josef Koudelka lors de sa rencontre avec le commissaire d’exposition suisse Hans-Ulrich Obrist à Paris Photo, en 2019.

> À lire : Ruines, 170 photographies en noir et blanc, éditions Xavier Barral, 368 p., 55 €.
> Photo en couverture : Éleusis, Grèce, 2003.

1 – Dougga, Tunisie, 2011.2 – Timgad, Algérie, 2012.3 – Myra, Turquie, 2013.4 – Aezani, Turquie, 2011.
1 – Dougga, Tunisie, 2011.
2 – Timgad, Algérie, 2012.
3 – Myra, Turquie, 2013.
4 – Aezani, Turquie, 2011. Josef Koudelka
5 – Amman, Jordanie, 2012.6 – Apollinia, Libye, 2007.7 – Grèce, 1994.8 – Temple d’Apollon, Delphes, Grèce 1991.
5 – Amman, Jordanie, 2012.
6 – Apollinia, Libye, 2007.
7 – Grèce, 1994.
8 – Temple d’Apollon, Delphes, Grèce 1991. Josef Koudelka
9 – Ostia Antica, Italie, 2000.10 – Mycènes, Grèce, 2003.11 – Leptis Magna, Libye, 2009.
9 – Ostia Antica, Italie, 2000.
10 – Mycènes, Grèce, 2003.
11 – Leptis Magna, Libye, 2009. Josef Koudelka

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