Stellar Works : Comment l’éditeur franco-chinois veut conquérir la planète

Les restaurants Noma, à Copenhague, ou Canton Table, à Shanghai, l’hôtel Baccarat, à New York… L’éditeur Stellar Works s’invite dans les plus grandes adresses de la planète avec son mobilier aux lignes intemporelles et au look vintage. Histoire d’un succès fulgurant.

La nuit tombe sur le Bund. Le quartier chic de Shanghai est devenu le terrain de jeu de Stellar Works depuis que la marque a été créée, en 2012. JeanGeorges, Canton Table, Four Seasons… Tous ces restaurants haut de gamme ont fait appel à l’éditeur chinois pour meubler leurs salles.

À l’origine de cet éditeur, on trouve Yuichiro Hori, un Japonais spécialisé dans la promotion immobilière… mais qui prenait beaucoup plus de plaisir à choisir le mobilier des projets qu’il supervisait qu’à vendre des appartements ! Fasciné par Shanghai, il y fonde Stellar Works et, dès ses débuts, s’associe avec le fabricant français de meubles Laval, spécialisé dans les projets d’exception et les commande de grands designers (Starck, Gilles & Boissier, Liaigre…).

Stellar Works débute à Shanghai

« Notre premier client fut, à Shanghai, le Swatch Art Peace Hotel, sur lequel travaillait l’agence Jouin Manku, avant le St. Regis, à Osaka, au Japon. Puis nous avons rapidement enchaîné avec d’autres beaux projets. Notre force, c’est la réactivité. Que ce soit en restauration ou en hôtellerie, la commande de mobilier arrive toujours au dernier moment, en fin de chantier. Or, peu d’usines en Occident sont capables d’honorer cette commande dans des délais aussi courts. Dans notre manufacture de Jiading, près de Shanghai, nous avons formé des ouvriers au travail du bois et du cuir. Ils travaillent sous la houlette d’une équipe de techniciens français et japonais. Aujourd’hui, Stellar Works compte 400 employés, dont 280 à la fabrique. » C’est ainsi qu’ont pu être livrés l’hôtel Baccarat, à New York, et le Mandarin Oriental, à Taipei, dans un délai de trois mois.

À Shanghai, suite du Swatch Art Peace Hotel, projet initial réalisé avec l’agence Jouin Manku et qui a lancé la carrière de Stellar Works.
À Shanghai, suite du Swatch Art Peace Hotel, projet initial réalisé avec l’agence Jouin Manku et qui a lancé la carrière de Stellar Works. DR
Le mobilier aux courbes inédites du hall d’accueil du Swatch Art Peace Hotel.
Le mobilier aux courbes inédites du hall d’accueil du Swatch Art Peace Hotel. DR

Un mobilier destiné au confort des clients dans les restaurants

« Notre seconde force, poursuit Yuichiro Hori, c’est le développement de meubles adaptés à cet univers. Par exemple, nous travaillons sur le poids des chaises, sur leur compacité et leur confort, trois axes essentiels dans la restauration. Une marque de fabrique tellement forte que lorsque des designers nous proposent des projets, ils ont systématiquement en tête notre habitude d’évoluer dans le secteur du contract. » Cet aspect est indéniablement constitutif de l’ADN de Stellar Works. Avec des pointures internationales (l’Italien Luca Nichetto, le Japonais Oki Sato, de Nendo, les Danois d’OEO Studio, l’Américain David Rockwell), l’éditeur développe des collections dont, d’une part, les décorateurs s’emparent pour leurs projets d’aménagement d’hôtels et de restaurants et qui, d’autre part, sont distribuées aux particuliers.

Mais Stellar Works propose en outre de fabriquer du mobilier sur mesure, dessiné spécifiquement et demeurant dès lors exclusif. Car l’éditeur-fabricant possède sa propre équipe de designers en interne. Ceux-ci peuvent concevoir des collections pour des projets particuliers ou adapter les modèles existants à des lieux d’hospitalité. La ligne d’assises et de tables « Crawford », de Tom Fereday, s’accommode par exemple particulièrement bien du sur-mesure.

Stellar Works collabore désormais avec les plus grands designers internationaux et diffuse son mobilier sur la planète entière. Ici, table et chaise de la collection « Crawford » de Tom Fereday, suspension de la collection « Haro » de Space Copenhagen et commode de la collection « Seiton » d’OEO Studio.
Stellar Works collabore désormais avec les plus grands designers internationaux et diffuse son mobilier sur la planète entière. Ici, table et chaise de la collection « Crawford » de Tom Fereday, suspension de la collection « Haro » de Space Copenhagen et commode de la collection « Seiton » d’OEO Studio. DR

Une rencontre déterminante

Cette méthode permet à Stellar Works de séduire la planète entière. Son chiffre d’affaires est ainsi réalisé à 25 % aux États-Unis, 25 % en Europe, 17 % en Chine, 18 % au Japon, 9 % ailleurs en Asie et 6 % dans le reste du monde. Dans cette dynamique, la rencontre avec Neri & Hu, le duo de designers et d’architectes chinois qui multiplie les programmes d’hôtels et de restaurants sur tous les continents, a été déterminante. Nommés directeurs créatifs de la marque, ils apportent de nombreux projets sur la table.

Leur Utility Chair, devenu le best-seller de Stellar Works, trouve régulièrement une place dans les programmes. Ce qui n’empêche pas les modèles sur mesure, à l’instar de la Mandarin Chair (pour le restaurant Canton Table), dont « la structure angulaire en bois et les accoudoirs surélevés lui donnent un air quasi royal, avec un sens du mouvement omniprésent qui contraste avec la douceur de l’assise en cuir », détaille Lyndon Neri. Neri & Hu ont aussi réalisé Pollen Street Social, le restaurant de Jason Atherton, à Londres, dans un esprit intemporel, comme sait si bien les produire Stellar Works, en mêlant cuir vieilli et bois massif.

Passionné de design, Yuichiro Hori a multiplié ces dernières années les collaborations avec des signatures internationales pour des restaurants. L’architecte d’intérieur Pierre-Yves Rochon a ainsi passé commande de l’ensemble du mobilier de l’Atelier de Joël Robuchon, sis… dans le quartier du Bund, à Shanghai. À Copenhague, le célébrissime Noma a confié l’aménagement du 108, sa nouvelle adresse, à Space Copenhagen. Le studio danois a imaginé la collection « Rén », sortie de l’usine Stellar Works… En réalité, dresser la carte des réalisations de l’éditeur chinois, c’est faire le tour des meilleurs restaurants de la planète.

Le restaurant Canton Table à Shanghai.
Le restaurant Canton Table à Shanghai.  Pedro Pegenaute
Les chaises en bois et cuir du restaurant Canton Table, à Shanghai.
Les chaises en bois et cuir du restaurant Canton Table, à Shanghai.  Pedro Pegenaute
Hôtel Baccarat, à New York signé Gilles & Boissier.
Hôtel Baccarat, à New York signé Gilles & Boissier. DR
Chambre de l’hôtel Baccarat.
Chambre de l’hôtel Baccarat. DR
Le restaurant Noma, à Copenhague.
Le restaurant Noma, à Copenhague. DR
Yuichiro Hori, ancien promoteur immobilier japonais, qui a eu le bon goût de s’intéresser aux meubles plutôt qu’aux appartements.
Yuichiro Hori, ancien promoteur immobilier japonais, qui a eu le bon goût de s’intéresser aux meubles plutôt qu’aux appartements. TARAN WILKU

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