Victoria Wilmotte fête 10 ans de design en dehors des clous

Alors que parait un livre retraçant les 10 ans du studio-atelier de la designer Victoria Wilmotte, le showroom Silvera Saint-Germain expose son travail jusqu’au 15 janvier. L'occasion de mesurer le chemin parcouru et de découvrir les nouvelles directions qu'a pris son travail en 2020…

Victoria Wilmotte a eu le deuxième confinement actif… Parmi les nouvelles créations qu’elle expose au showroom Silvera Saint-Germain, figurent pour la première fois un fauteuil et un canapé. Le somptueux velours violet (tiré de la collection d’India Mahdavi pour Pierre Frey) étoffe sans les étouffer les lignes paradoxales de ces deux assises dont le dossier arrondi vous embrasse en tout confort. Quant à leur base, elle reprend en relief le motif zig-zag devenu fétiche de la designer. Pour elle qui a étudié à Camondo et au Royal College of Art à Londres avant de se lancer en solo en 2010, cela ne pouvait pas être mission impossible. Elle-même précise : « C’est un type de mobilier inédit pour moi. Ce canapé et ce fauteuil m’ont initiée au traitement du textile en me forçant à m’éloigner de ma zone de confort pour intégrer douceur et tendresse dans un monstre de précision. »

Fauteuil Purple Rain Zigzag (2020).
Fauteuil Purple Rain Zigzag (2020). Yannick Labrousse
Console ZigZag (2020).
Console ZigZag (2020). Yannick Labrousse

Comme pour beaucoup de créateurs sortis du Royal College of Art, l’auto-édition semble aussi importante pour elle que de faire le tour des éditeurs. Pour preuve, les deux étonnants luminaires installés aux murs et au plafond du showroom Silvera Saint-Germain. Réalisés en tôle pliée zig-zagante, l’un se fait monumental, l’autre moins. Au sol, près de la vitrine, on note deux nouvelles lampes en marbre rétroéclairé, lumineux comme des pièces d’albâtre. S’il constitue sa signature personnelle, le motif du zig-zag a l’avantage chez Victoria Wilmotte de ne pas se multiplier à l’infini.

Les matières à l’honneur chez Victoria Wilmotte

Ses miroirs Piega sont plus connus, sans qu’on ne se lasse des reflets changeants provoqués par leurs surfaces obliques. Un nouveau lampadaire baptisé Ginza (Man of Parts) trône dans la pièce, droit comme le célèbre tube en néon d’Eileen Gray mais sans le plagier, fixé sur sa base tel un plot de béton. Le travail des matières est toujours maîtrisé, comme ce petit tabouret/console en marbre blanc finement veiné qui pèse assez pour rassurer sur sa stabilité. Dans le même temps, une imposante table d’un marbre similaire est, elle, suffisamment creuse pour ne pas déposer une demi-tonne sur un plancher d’appartement. La designer évite ainsi à l’usager des problèmes d’architecture intérieure.

La pierre autant que le métal

Pour la première fois, la table Pli que Victoria Wilmotte a signée chez l’éditeur allemand ClassiCon est présentée en France. Posé sur son pied en verre plissé, le singulier plateau de marbre indien semble figurer un relief terrestre vu de l’espace, arborant des tons de rouge sanguin veiné de fines coulées blanche et vertes. La designer s’intéresse à la pierre depuis longtemps. On pouvait croiser l’élite du marbre de Calacatta dès l’inauguration il y a dix ans de son atelier-galerie, où elle renouvelle avec brio en minéral les manteaux de cheminée. Brigitte Silvera qui la reçoit, parle de son « ingéniosité », patente dès qu’elle parle matériau en pédagogue, le fer à souder à la main, casque vissé sur la tête.

Table Pli (ClassiCon, 2017).
Table Pli (ClassiCon, 2017). DR
Console V en marbre grec Volakas (2020).
Console V en marbre grec Volakas (2020). Yannick Labrousse

Souvent, le design a ses idées toutes faites : on associe celui ou celle qui utilise le métal et le marbre à une sorte de cerveau froid un peu technique qu’on attend moins au niveau du dessin et du style. En évoluant dans les 55 m2 qu’elle a investis, on s’aperçoit qu’on ne peut résumer Victoria Wilmotte en quelques lignes car elle a pris le temps de chercher et de faire – plutôt que de surfaire – des objets dans des registres différents, bondissant d’une esthétique à l’autre. Avait-on remarqué comme ses vases chez Daum évitaient le caractère ornemental un poil fossilisant de cette grande maison ?

Une designer en constante évolution

L’ex-étudiante de Camondo ne recycle pas le style d’autrui et ne se contente pas non plus d’être une technicienne. « Je vieillis », plaisante-t-elle. On dirait plutôt qu’elle en constante évolution. Dix ans après ses débuts, ce n’est certainement pas un nouveau départ. Piero Gandini, ancien dirigeant de l’éditeur italien Flos vient récemment de déclarer que le design italien manquait de nouveaux mouvements, qu’on y était trop prudent et trop bourgeois. Ce n’est pas le cas de Victoria Wilmotte. La sortie des premiers exemplaires de sa monographie le confirme, elle développe patiemment un univers singulier…

> Exposition jusqu’au 15 janvier 2020 chez Silvera Saint-Germain (209, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris. Tél. : 01 53 63 25 10). Sur rendez-vous précautions sanitaires oblige, du lundi au samedi, de 10 h à 19 h.
> Monographie Victoria Wilmotte 10<20, disponible à partir du 7 janvier 2021.

 

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