Tendances 2021 : La seconde main au secours de l’industrie du meuble

À l’instar de la mode, le design se projette lui aussi dans l’économie circulaire. Portés par une prise de conscience écologique, la location et le mobilier de seconde main séduisent à la fois consommateurs, créateurs, éditeurs et distributeurs. Décryptage.

Et si le marché du tout-jetable était derrière nous ? C’est en tout cas le pari que font de plus en plus de designers, d’éditeurs et même de géants de la distribution. Car depuis quelques années, la seconde main apparaît comme une réponse idéale aux inquiétudes des consommateurs. Alors qu’ils sont de plus en plus sensibles à l’impact des industries sur l’environnement, ils veillent également à freiner leur consommation par souci d’économie. Pour rester en phase avec ses clients, le monde du design a donc compris qu’il devait prendre le pli et repenser le cycle de vie de ses produits, mettre en place au sein de son organisation interne des normes RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises).

Design durable et réhabilité

Contrairement au vintage, qui mise sur la valeur iconique ou la rareté d’une pièce, la seconde main invente un nouveau rapport au design et à la production. Fini le temps où l’on jetait ses meubles à chaque déménagement. Il faut désormais pouvoir compter sur des pièces durables et faciles à réutiliser au fil de notre vie. Depuis longtemps, Silvera propose du mobilier design d’occasion à prix cassé, sur son site ou via son espace, à Saint-Ouen. L’été dernier, le site de vente Made In Design (Groupe Printemps) a lancé l’e-shop « Produits de seconde vie », dont les pièces quasi-neuves proviennent de retours de livraison.

Vers le réemploi

RBC, qui distribue des pièces iconiques rééditées par les plus belles marques, franchit également une nouvelle étape avec son site Outlet, qui chaque mois propose une sélection de produits ayant eu une première vie dans les showrooms RBC, avec des remises de 30 à 50 %. À la fin du printemps, Ligne Roset va pour sa part proposer aux détenteurs d’un canapé Togo (créé en 1973 par le designer Michel Ducaroy) de reprendre les modèles abîmés, en échange d’un bon d’achat, dont le montant variera selon la taille du produit. Si les parties en mousse sont réutilisables, le siège sera simplement retapissé, puis vendu sur la plateforme Ligne Roset Lab, à moitié prix. Sinon, il sera recyclé et servira à créer de nouveaux matériaux.

La marque Ligne Roset proposera prochainement aux propriétaires d’un canapé Togo qui souhaitent s’en débarrasser, de leur reprendre contre un bon d’achat. Le meuble sera restauré et revendu à moitié prix ou recyclé.
La marque Ligne Roset proposera prochainement aux propriétaires d’un canapé Togo qui souhaitent s’en débarrasser, de leur reprendre contre un bon d’achat. Le meuble sera restauré et revendu à moitié prix ou recyclé. DR

Ce second souffle passe donc par la valorisation de la matière préexistante ; une pratique appelée upcycling ou surcyclage en français. Emmaüs Alternatives en est un acteur important : en 2017, l’association a inauguré le studio de design Les Résilientes. Mené par Eugénie de Larivière, il mêle design, récupération et réinsertion professionnelle. Tapis, tables d’appoint et lampes sont ainsi créés à partir de matériaux issus de dons.

De leur côté, convaincus par la nécessité de l’éco-conception, l’architecte d’intérieur Thierry Lemaire, le designer Hubert de Malherbe et le fabricant italien Paolo Castelli ont donné naissance à Greenkiss il y a un an. La jeune maison d’édition esquisse des pièces singulières, réalisées à partir de chutes de pierres, de bois ou encore de briques de vêtements compressés, comme pour la spectaculaire console César.

Pièces réalisées avec les rebuts de Made.com par l’atelier Les Résilientes.
Pièces réalisées avec les rebuts de Made.com par l’atelier Les Résilientes. DR

À terme, l’essor du marché de l’occasion pourrait même inciter les consommateurs à renoncer à la propriété. Outre-Atlantique, il n’y a aujourd’hui rien de plus chic que de louer son mobilier contemporain sur des plateformes comme ZZdriggs (lancée à Brooklyn en 2014) ou Fernish (née à Los Angeles en 2017). La clé de leur succès ? La flexibilité qu’elles offrent. En souscrivant à un abonnement mensuel, il est possible de mettre la main sur une pièce tendance sans se ruiner tout en s’autorisant à changer plus tard.

Seconde main, second souffle

Depuis le début de la pandémie, ces deux sites ont d’ailleurs enregistré des fréquentations record. En France, on peut désormais se tourner vers le site Yourse. Apparu en juillet dernier, il propose à la location des meubles et luminaires haut de gamme, avec option d’achat à la fin du bail. À une époque où la vie professionnelle est incertaine, la jeune génération est séduite par le concept. Il s’agit finalement de faire l’expérience d’un meuble plutôt que de le posséder à jamais. Bien qu’il ait fallu du temps au secteur du mobilier pour accepter l’idée qu’une pièce doit être durable, ces initiatives vertueuses le prouvent : la révolution de la seconde main est en marche.

ZZdriggs est une plate-forme américaine de location et de vente de mobilier contemporain née en 2014. Au centre, Madda Chair de Michael Felix.
ZZdriggs est une plate-forme américaine de location et de vente de mobilier contemporain née en 2014. Au centre, Madda Chair de Michael Felix. DR
Grâce à la plateforme de location avec option d’achat Yourse, le fauteuil Lounge des Eames (à gauche) ou le Sofa with Arms de Shiro Kuramata (à droite) peuvent se retrouver chez vous durant deux, trois, quatre ou cinq ans. Et plus si affinités !
Grâce à la plateforme de location avec option d’achat Yourse, le fauteuil Lounge des Eames (à gauche) ou le Sofa with Arms de Shiro Kuramata (à droite) peuvent se retrouver chez vous durant deux, trois, quatre ou cinq ans. Et plus si affinités ! J.J. NDOLI
Chez Made in Design, les fauteuils Smatrik (Kartell) et AA Butterfly peuvent se retrouver à prix cassé en occasion.
Chez Made in Design, les fauteuils Smatrik (Kartell) et AA Butterfly peuvent se retrouver à prix cassé en occasion. DR