Hôtel Soho House Paris : bouillon de culture à Pigalle

Après des années d’attente, le club privé préféré des happy few de toute la planète s’installe enfin dans l’ancienne demeure de Jean Cocteau, à Paris. Restaurant, hôtel, bar, jardin d’hiver, cabaret : l’adresse a tout du deuxième bureau, que l’on adopterait bien comme maison secondaire.

L’hôtel Soho House Paris, inspiré des fabuleuses épopées locales, comme celles des danseuses rebelles du Moulin-Rouge et de la cité d’artistes du Bateau-Lavoir, se définit comme un point de rencontre pour créatifs internationaux cooptés.

Une mission assumée dès l’inauguration du premier club, en 1995. « Lorsque nous avons ouvert à Londres, dans le quartier de Soho, au 40 Greek Street, la ville comptait déjà de nombreux clubs privés, mais ils étaient réservés aux gentlemen en costume. Pas du tout le genre d’endroit où j’avais envie d’aller ! confie Nick Jones, le fondateur de Soho House. Cela m’a donné l’idée de former une communauté de membres qui ont un intérêt commun pour les activités créatives », poursuit-il. Un concept original qui a permis l’ouverture de plusieurs sites en Angleterre, avant de se transformer en succès international, de New York à Berlin en passant par Los Angeles, Hongkong, Mykonos et Tel-Aviv. À Paris, le design puise ses sources dans un style Art déco remis au goût du jour, mêlé de touches empruntées aux années 40.

Sur cinq étages, l’ensemble se compose d’un restaurant, d’un bar , d’une salle de gym, d’un jardin d’hiver, d’une plunge pool, d’un cabaret et de 36 chambres.
Sur cinq étages, l’ensemble se compose d’un restaurant, d’un bar , d’une salle de gym, d’un jardin d’hiver, d’une plunge pool, d’un cabaret et de 36 chambres. Alexandre Tabaste

Jean Cocteau pour inspiration

Lignes courbes, détails en rotin et bambou jalonnent les différents espaces de Soho House Paris en hommage à la villa Santo Sospir, à Saint-Jean–Cap-Ferrat, que Jean Cocteau avait couverte de fresques. Un temps résident de l’immeuble parisien, l’auteur des Enfants terribles se réincarne dans l’entrée, sous le pinceau de l’artiste italien Roberto Ruspoli. Plus loin, les ailes du bâtiment sont marquées par les affinités modernistes du décorateur Jean Royère, avec un mobilier chiné auquel se mêlent des pièces maîtresses tapissées de tissus provenant des archives de la maison Pierre Frey. Le papier peint fleuri créé par de Gournay, dessiné à la main, a été spécialement conçu pour la bibliothèque. D’une salle à l’autre, les amoncellements de textures, de détails graphiques et de motifs floraux règnent en souverains.

Dans le Club Space du Soho House Paris, les fauteuils bas incitent à la détente. Voilà la véritable force de Soho House : tout est fait pour que l’on n’ait jamais envie d’en partir ! « Chaque adresse fonctionne un peu comme une maison secondaire, qui se doit d’être avant tout confortable, explique Nick Jones. Nos intérieurs sont conçus pour dégager une atmosphère chaleureuse, même lorsqu’il n’y a personne », conclut-il. Le jour, on sirote un latte entre deux rendez-vous sous la verrière, ou on présente son dernier projet sur son laptop, attablé dans les espaces latéraux.

L’une des 36 chambres du Soho House Paris.
L’une des 36 chambres du Soho House Paris. Alexandre Tabaste

Le soir, c’est dans le cabaret, dominé par des murs et des banquettes de velours rouge, que l’on prolonge les festivités. DJ set, performances et avant-premières… Le bouillon de culture est en ébullition toute l’année. Les visiteurs cooptés et les noceurs fatigués pourront d’ailleurs passer la nuit dans l’une des 36 chambres de l’hôtel Soho House Paris (members only). La catégorie la plus abordable, nichée sous 12 m2 de combles, rappelle les chambres de bonnes, chères au baron Haussmann – ou, pour les romantiques, la vie de Bohème des héros de Puccini. Pour les budgets plus importants, la suite Dalila (94 m2), avec lit à baldaquin, rideaux fleuris, cheminée en marbre et lambris de bois peints, évoque les boudoirs tamisés d’un Paris qui fait toujours autant rêver. 

Arty show

Véritable signature de la marque Soho House, les œuvres d’art. Mais à Paris, la déco est 100 % picturale, le groupe étant habituellement un fervent défenseur de l’art sous toutes ses formes. « La capitale française a joué un rôle majeur dans l’histoire de l’art et les peintres y ont sans cesse tenté de repousser les limites du médium, explique Kate Bryan, chargée des collections pour Soho House. L’adresse parisienne était l’endroit parfait pour évoquer le dynamisme de la peinture de ces dernières décennies », ajoute-t-elle. Dans le bar du premier étage, le tondo de l’artiste conceptuelle Laure Prouvost, inscrit d’un « Si je te donne me donneras-tu ? » [sic], résonne comme une promesse.

A gauche, le Winter Garden du Soho house Paris.
A gauche, le Winter Garden du Soho house Paris. Alexandre Tabaste

Les panneaux décorés par Oscar Murillo, Jules de Balincourt et Clare Woods, disséminés à travers l’espace, achèvent de transformer les lieux en petit musée. Ici, les œuvres reflètent bien plus qu’une esthétique contemporaine, elles affichent les valeurs de la maison. Pour preuve, la série d’Annie Kevans, au-dessus du bar, croque les portraits de huit personnalités hors du commun. Andy Warhol, Marcel Duchamp, Frida Kahlo, Henri de Toulouse-Lautrec, George Sand, Jean Cocteau, le roi Henri III de Valois et Philippe d’Orléans. Leur point commun ? Un temps parisiens, ils ont tous joué de leur image et de leurs tenues vestimentaires pour flouter la définition des genres masculin et féminin. Une approche inclusive qui fait peut-être de Soho House le plus démocratique des clubs privés.

> Soho House. 45, rue La-Bruyère, 75009 Paris. sohohouse.com