Retour sur l’édition 2022 du Madrid Design Festival

Au moment où Valencia devient capitale mondiale du design 2022, le festival distingue la création madrilène. Certains évènements se poursuivent même après sa clôture.

Àlvaro Matías, directeur du Madrid Design Festival 2022, l’affirme : l’événement est « ouvert, transversal et intégrateur ». Son idée ? Rassembler les acteurs du design espagnols voire internationaux et proposer aussi un espace de réflexion. Décryptage.

Mille raisons de se rendre au Madrid Design Festival

Peter Saville, rock star du design graphique passée de la musique à la mode a reçu tout comme son amie l’architecte et designer Patricia Urquiola, le Grand Prix du Festival 2022.
Peter Saville, rock star du design graphique passée de la musique à la mode a reçu tout comme son amie l’architecte et designer Patricia Urquiola, le Grand Prix du Festival 2022. Wolfgang Stahr

Àlvaro Matías est ambitieux : le Madrid Design Festival présente 228 expositions, 23 installations, 186 musées, magasins, showrooms, musées ou galeries. En tout, 1662 designers sont concernés, et pas des moindres. Au début du festival, ses visiteurs ont pu entendre, sur la même scène, des talks de la designer et architecte espagnole Patricia Urquiola aussi bien que du designer graphique Peter Saville.

Peter Saville, (1955) – connu pour ses pochettes de disques culte des années 1980, de Brian Ferry à New Order en passant par Joy Division – a fait un tabac. Il a une façon unique de parler de tous les aspects de son métier, sur un ton non dénué d’ironie. Récemment, il a revu l’image de la marque Calvin Klein, conçu un nouveau monogramme pour Burberry et même un logo pour la ville de Manchester. Les dilemmes entre lui et les services du marketing lorsqu’il a travaillé pour des publicités anti-consumérisme de Yohji Yamamoto ont beaucoup amusé l’audience. Mais le designer a l’honnêteté de dire qu’il « prétendait changer quelque chose » et pas qu’il incarnait une révolution en marche. On aura compris que, passé du monde de la musique à celui de la mode, il n’a pas vraiment l’esprit corporate.

Alors qu’il recevait le grand prix du festival, Patricia Urquiola (1961) venait recevoir le sien. La designer et architecte née à Oviedo dans les Asturies mais installée à Milan depuis vingt ans, a d’emblée précisé qu’elle était « espagnolissima ». Décryptant ensuite certains de ses projets avec son acuité d’architecte, elle a finalement délivré une magistrale prestation, entre leçons de choses design et aventure humaine.

Des disciplines multiples

Exposition Fiat Lux.3 de Antoni Arola, véritable architecte de la lumière utilisant la technologie du groupe espagnol Simon.  Inferences Inferencias, vrai défilé de design des pièces fortes de la galerie Il.lacions de Barcelone.
Exposition Fiat Lux.3 de Antoni Arola, véritable architecte de la lumière utilisant la technologie du groupe espagnol Simon.  Inferences Inferencias, vrai défilé de design des pièces fortes de la galerie Il.lacions de Barcelone. DR

Arquitectura de la Luz

En ville, au Fernán Gomez Centro Cultural de la Villa, l’installation Fiat Lux. 3 du designer Antoni Arola avait créé tout un espace de lumière dans lequel s’immerger. Les visiteurs y admiraient entre autres des branches d’arbustes se détacher dans l’air sur fond de pénombre rouge ou bleue, avec des volutes de lumière autour et tout cela en se sentant partie prenante de cette illusion. Avec le savoir-faire de l’entreprise Simon Electric, le designer contribue ainsi à diffuser une culture de la lumière.

Matador

Le Madrid Design Festival associe le design à plusieurs disciplines. Depuis 1995, le magazine grand format Matador ne sort qu’une fois par an. Son domaine ? L’art et en fait, toutes les idées contemporaines. L’exposition célébrant les 25 ans de Matador montre aussi bien des photos ayant illustré des sujets, littéraires ou photographiques aussi bien qu’une tapisserie géante du designer Jaime Hayon, des exploits du chef Ferran Adria, des artistes Carsten Holler ou Eduardo Chillida. Cela va donc de la tapisserie XXL à la bouteille de vin signée.

Beauté Essentielle

La manifestation madrilène célèbre aussi l’architecture au musée Ico. Jusqu’au 9 mai prochain, l’exposition Beauté Essentielle fait découvrir le travail de l’architecte allemande Anna Heringer, connue pour ses projets en terre ou en bambou, du Bangladesh au Maroc. Qu’il s’agisse d’une école ou d’une centre de formation pour adultes, elle intervient en s’imprégnant toujours des usages locaux tout en identifiant précisément les besoins. L’architecte utilise des matériaux locaux et mobilise des artisans installés aux alentours, que ce soit au Zimbabwe ou dans la région du Voralberg, le laboratoire d’idées des architectes autrichiens. En résultent des bâtiments loin d’être aux antipodes les uns des autres : Heringer semble dans son élément partout.

Dans l’exposition Matador, quand un fauteuil de Moroso, se pose sur du C-C Tapis dans un espace signé Gan, la designer  Patricia Urquiola n’est pas loin. À voir aussi, la grande tapisserie de Jaime Hayon réalisée pour Matador, ultra-graphique.
Dans l’exposition Matador, quand un fauteuil de Moroso, se pose sur du C-C Tapis dans un espace signé Gan, la designer  Patricia Urquiola n’est pas loin. À voir aussi, la grande tapisserie de Jaime Hayon réalisée pour Matador, ultra-graphique. DR

Inferences, Inferencia

Toujours au musée Ico, l’exposition Inferences, Inferencia – rétrospective du parcours de la galerie il.ilacions de Barcelone -, déroule une cinquantaine de créations que l’on peut utiliser, pour la plupart, au quotidien. Au Musée des arts décoratifs, les designers Tomas Alonso et Jorge Penades ont demandé à leurs consoeurs et confrères de créer des objets faisant écho à des œuvres présentes dans le musée. A voir dans l’exposition Extraperlo, jusqu’au 17 avril.

Gandia Blasco

Côté showrooms, chez Gandia Blasco, la maison de design outdoor fête ses 81 ans sans oublier ses racines textiles. Les photographies retravaillées d’Alejandra Gandia Blasco, directrice de création de Diabla, une des marques de la société, inspirent Sunset, prototype d’un grand tapis évoquant un coucher de soleil comme peint par Rothko. On retient aussi l’étonnante stabilité des très textiles poufs couture Costuras de l’architecte et designer italienne Teresa Sappey. Dans une autre salle, le designer Álvaro Catalán de Ocón a créé une tapisserie à base de matériaux recyclés qui évoque le fleuve Niger vu du ciel.


Alors, que vaut le Madrid Design Festival ? En cinq ans, il est parvenu à faire bruisser ce qu’on pourrait appeler, sans emphase, les forces vives du design.

> Plus d’infos sur le festival et les différentes expositions ici.